vendredi 23 juin 2017

Brexit - l'opinion britannique et les réalités politiques

Les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne viennent de commencer. Or, il ne semble pas y avoir beaucoup de clarté sur le type de relations que les Britanniques voudraient entretenir avec l'U.E. après en être sorti, en demeurant ou non membre du marché unique ou du moins de l'union douanière. Même, l'échec relatif de Theresa May ayant perdu sa majorité lors des élections parlementaires anticipées qu'elle avait déclenchées fait naître des espoirs chez plusieurs dirigeants européens, d'Angela Merkel à Emmanuel Macron - et s'il était possible qu'outre-Manche, on change d'avis ?

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- Je pars !

- Euh, t'es sûre ?  Si tu changes d'avis, hein...

L'opinion

Concernant le sujet du Brexit, il faut évidemment recommander de ne pas négliger l'opinion que le peuple britannique peut en avoir.

A qui souhaite explorer le sujet, ce site sera fort instructif.

Quelques points saillants :

D'où il est loisible de conclure que le Brexit "doux" est l'option préférée du peuple britannique. La majorité s'oppose en particulier à ce qu'on lui repose la question, y compris donc une partie de ceux qui avaient voté pour rester.

Les Britanniques sont d'autre part nombreux à penser pouvoir négocier à la fois le contrôle sur l'immigration européenne ET le commerce libre avec l'Europe, ce qui semble en fait politiquement irréaliste compte tenu de la position très forte prise par l'ensemble des autres membres de l'UE en sens inverse. Placés devant l'impossibilité manifeste d'obtenir les deux à la fois, il reste à voir si la majorité des Britanniques donnerait la priorité à la liberté du commerce – confirmant le souhait du Brexit "doux" – ou s'ils donneraient la priorité au contrôle de l'immigration – d'où un Brexit "dur".

Les autres forces… et les facteurs proprement politiques

D'autre part, en dehors des souhaits majoritaires de la population, il convient de ne pas négliger les autres facteurs, étant donné qu'après tout les gouvernements ne font pas nécessairement exactement ce qu'attendent leurs électeurs.

La première chose à noter est que la City, c'est-à-dire la plus grande place financière européenne, est vent debout contre la possibilité d'un Brexit "dur", la sortie du marché unique pouvant s'avérer très nuisible, voire assez catastrophique pour ses affaires. C'est là une force qui pousse dans le même sens que la majorité de la population – dans le sens d'un Brexit "doux".

Il faut encore noter qu'un grand nombre de députés des deux principaux partis, à la fois conservateurs et travaillistes, veulent pousser dans la même direction, et qu'ils commencent même à se coordonner sans véritablement s'en cacher.

On pourrait donc penser qu'avec tant de planètes alignées comme il le faut, la voie du Royaume-Uni vers le Brexit "doux", avec participation continuée au marché unique comme à l'union douanière, se rapprochant par exemple du modèle norvégien, est bien dégagée et sera suivie jusqu'à bon port.

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Je pars un peu, beaucoup, passionnément... pas du tout ?

Ce n'est pas nécessairement si simple. Voir quelques arguments ici.

Pour résumer, réussir un Brexit "doux" suppose d'abord de passer les obstacles suivants :

  • Sa majorité très étroite – voire inexistante sans accord avec le DUP – rendra Theresa May très dépendante de l'aile dure anti-européenne de son parti, celle qui n'acceptera rien de moins que le Brexit le plus net et franc. C'était justement l'un des objectifs des élections anticipées que de fournir une majorité nette, et avec elle une bien plus grande liberté de manœuvre au gouvernement. Il n'aura échappé à personne que c'est raté – au contraire, le gouvernement sera bien moins libre
  • Le DUP n'a pas une position bien claire sur le type de Brexit qu'ils veulent. Le Democratic Unionist Party parti nord-irlandais unioniste, partenaire potentiel permettant aux conservateurs d'atteindre une majorité au parlement, d'une part souhaite évidemment éviter une frontière "dure" entre République d'Irlande et Irlande du Nord. D'autre part sa tendance est nationaliste et ses partisans souhaitent que le R.U. soit en dehors de l'union douanière. S'ils sont partenaires de coalition des conservateurs, leur influence sera incontournable. Dans quel sens elle jouera, c'est une question ouverte
  • Les travaillistes ne sont pas bien clairs non plus sur leur type préféré de Brexit. D'une part ils ont eu intérêt à conserver une certaine ambiguïté, tirant de nombreux suffrages à la fois de certains des plus pro-européens et de certains des plus anti-européens. D'autre part ils pourraient choisir de conserver cette ambiguïté, sachant qu'il est assez possible que de nouvelles élections aient lieu avant la fin de l'année – c'est ce à quoi s'attendrait Jeremy Corbyn – voire même laisser les conservateurs s'empêtrer dans les négociations sur le Brexit pour mieux forcer de nouvelles élections
  • Enfin, le temps est compté. Il s'est déjà écoulé 1 / 8ème des deux ans prévus par la procédure pour la négociation des conditions de sortie. Or un Brexit "doux" sera plus long à négocier qu'un Brexit dur, parce que l'accord sera beaucoup plus complexe. De plus, il devrait être approuvé par l'ensemble des parlements des pays de l'UE, et il ne peut être question de le signer juste avant la date limite du 29 mars 2019, on parle plutôt de la fin 2018 au plus tard. Et tout nouveau retard résultant des instabilités et palinodies possibles du parlement britannique sans majorité, sans parler d'une nouvelle élection, ne fera qu'augmenter la difficulté. Sans oublier encore que l'UE insiste pour négocier l'accord de sortie – combien le Royaume-Uni devra payer, notamment – avant de même commencer à parler de l'accord nécessaire à un Brexit "doux". Il est tout à fait possible que la discussion autour du prix de la sortie – il s'agit de dizaines et de dizaines de milliards, des chiffres jusqu'à cent milliards ont circulé – s'éternise et réduise encore le temps disponible pour parler d'un nouvel accord.

En guise de conclusion très préliminaire

La majorité des Britanniques comme des forces économiques veulent un Brexit "doux" qui leur permettrait de conserver l'accès au marché unique. Cependant, les obstacles proprement politiques sont sévères – non pas à cause de l'opinion, mais à cause des intérêts et calculs enchevêtrés des différents acteurs du monde politique britannique – sans oublier les obstacles résultant de la tactique de négociation de l'UE et des contraintes calendaires étroites. On n'atteint pas toujours le résultat que l'on vise. C'est une partie de l'art du politique que de le permettre, et le premier ministre britannique – dont le talent politique n'a pas été si brillamment démontré lors de la dernière séquence électorale – rencontrera des difficultés très sérieuses à y parvenir, qui pourraient fort bien s'avérer bloquantes.

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Mais alors... on fait quoi, au final ?

Difficile de discerner quel est le plus probable, du Brexit "dur" ou du Brexit "doux".

Dans tous les cas, et sauf catastrophe économique annoncée (faut-il dire : souhaitée ?) par plus d'un opposant au Brexit, qui pour convaincre la majorité des Britanniques d'y renoncer devrait à la fois être absolue au Royaume-Uni ET ne toucher que très peu le Continent ET survenir dans les dix-huit mois – ce qui fait tout de même beaucoup de conditions – le scénario de loin le moins probable est celui de l'abandon du Brexit.

vendredi 2 juin 2017

Washington hors de l'accord de Paris sur le climat - les raisons de Donald Trump

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Le 1er juin 2017, après quatre mois au pouvoir, le président américain Donald Trump annonçait solennellement sa décision de respecter sa promesse de campagne et de sortir les Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat de 2015.

Pourquoi ? Analyser les raisons et arguments de Trump est nécessaire quoi qu'il en soit, c'est de plus fort instructif.

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jeudi 4 mai 2017

Élire Macron ou Le Pen - Un point sur les risques de part et d'autre

Balance commerciale France

Le débat présidentiel du 3 mai n'a pas réussi à clarifier les points forts des deux projets en concurrence, c'est encore peu de le dire.

Au-delà de l'occasion manquée, il reste indispensable d'y voir plus clair afin de décider en connaissance de cause. Macron et Le Pen défendent chacun des visions et des projets différents, mais ils s'entendent chacun à en dissimuler les risques.

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mardi 2 mai 2017

L'Amérique, à droite et à gauche, s'interroge - et si Le Pen avait quelques qualités

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En Europe et dans le monde entier, on suit de près la présidentielle française. Les bouleversements déjà survenus, avec l'effondrement des deux "partis de gouvernement", et surtout l'élection possible d'une présidente visant à rapatrier à Paris les leviers de pouvoir transférés à Bruxelles et à Berlin, suscitent toutes les interrogations.

En Amérique, à droite comme à gauche, et parmi les critiques même du président américain Donald Trump, on s'interroge et on envisage même l'impensable - et si Marine Le Pen avait quelques qualités, et si son élection avait quelques avantages pour la France comme pour les autres pays ?

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samedi 29 avril 2017

Restaurer et préserver la démocratie en France - Macron ou Le Pen

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Il faut préserver la démocratie, tel est le message d'Emmanuel Macron dans sa lutte contre Marine Le Pen, laquelle propose quant à elle de la restaurer.

Quoi que l'on pense des deux candidats à la présidentielle, la démocratie c'est-à-dire la capacité du peuple à prendre et valider les principales décisions qui le concernent est essentielle. Quel est donc aujourd'hui l'état de la démocratie en France ?

L'un des deux candidats est-il dangereux pour la démocratie ? Et si oui, lequel ?

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